Les baisers
Nos baisers par centaines, milliers,
par millions tant qu’ils furent,
jamais je n’ai su les compter :
mes fruits, mes poignards, mes oeillets !
Je peux dormir et rêver sur ta bouche,
chanter et mourir sur ta bouche,
encore et encore ;
ta bouche, rade profonde
où je passe la nuit après le long voyage,
où j’arrive sans jamais la fatigue d’arriver…
Nos baisers sont des luttes
lourdes, longues, déchirantes,
où participent le sang, la voix, la mémoire.
Oh, je suis jalouse de l’eau que tu bois,
des paroles que tu prononces,
de ton souffle bleu….
Je suis jalouse de cette injuste distance
entre nos bouches.
Nina Cassian – poètesse roumaine