» Rien n’est à prouver, tout est à éprouver. «
» Un jour nous reviendrons, nous, les hommes, les femmes, dans le jardin d’Eden, nous en chasserons Dieu et le diable ensemble et enfin nous pourrons jouer à nous poursuivre, à nous toucher, à nous attraper librement comme le veut l’esprit de vie. «
(Henri Gougaud, « L’enfant de la neige »)
» Un merle blanc est entré dans mon coeur
la porte était grande ouverte
ouvrit ses ailes au milieu de mon coeur
mais j’étais toute déserte
Alors un arbre est entré dans mon coeur
la porte était grande ouverte
et les saisons au milieu de mon coeur
bientôt me furent offertes
Alors la terre est entrée dans mon coeur
la porte était grande ouverte
monts et vallées au milieu de mon coeur
cascades bleues plaines vertes
Alors la mer est entrée dans mon coeur
la porte était grande ouverte
voici la vague au milieu de mon coeur
le voilier la découverte
Alors l’espace est entré dans mon coeur
la porte était grande ouverte
voici l’étoile au milieu de mon coeur
la galaxie les comètes
Alors un rêve est entré dans mon coeur
la porte était grande ouverte
voici l’amour au milieu de mon coeur
et ses lumières secrètes
Un merle blanc est entré dans mon coeur
la porte était grande ouverte
pour le chauffer j’ai consumé mon coeur
mes saisons et mes planètes
(Henri Gougaud, « Je n’éteins jamais la lumière »)
» Cet homme-là sentait si bon que sans cesse on lui demandait d’où lui venait ce parfum saint qui environnait sa personne. Il répondait :
– De mon Coran.
C’était tout. On n’insistait pas. Or, il advint qu’un jour un curieux audacieux osa poser la question simple :
– Qu’y a-t-il de si odorant, saint homme, dans votre Coran ?
L’autre sourit et répondit :
– Deux pétales de fleurs et une lettre qui m’est chère, celle de mon ami Moktar. «
(« L’Almanach », Henri Gougaud)
» Je sens bien qu’il ne peut être, même à Jérusalem, de paysage plus émouvant qu’un visage humain, ni de palais, de richesse, de gloire plus enviables que la connaissance de l’âme la plus humble et la découverte de sa vérité. Mon chemin, décidément, est celui que tracent les bougies dans les caves, il me tient plus que tout autre en éveil, car je sais que d’ombre en ombre il conduit au Saint des Saints qui gît en nous, le seul qui vaille, et que je n’atteindrai jamais. Tant pis, la pleine jouissance d’aller me suffit. »
(Henri Gougaud, « Le fils de l’ogre »)
» Un ethnologue new-yorkais reçoit un jour à Manhattan un de ses vieux amis sioux. Et comme à grand-peine ils cheminent dans la cohue des gens, des voitures hurlantes, des gyrophares policiers, bref, dans l’ordinaire boucan d’une avenue crépusculaire, le Sioux s’arrête soudain, au coin d’une rue, tend l’oreille et dit :
– Tiens, j’entends un grillon.
Son ami s’étonne.
– Un grillon ? Laisse tomber, mon vieux, tu rêves. Entendre un grillon, à New York, dans ce vacarme ?
– Attends, dit l’autre.
Il va droit à l’angle d’un mur. Dans une fente de béton poussent des touffes d’herbe grise. Il se penche, puis s’en revient. Au creux de sa main, un grillon.
– Alors ça, bafouille l’ami, abasourdi, c’est incroyable. Une ouïe fine à ce point-là, c’est un truc de sorcier, ou quoi ?
– Pas du tout, répond le Sioux. Chcun entend ce qui l’habite et ce qui importe à sa vie. Facile à démontrer. Regarde.
Il sort quelques sous de sa poche et les jette sur le trottoir. Tintements brefs, légers, fugaces. Dans la bousculade autour d’eux, tandis que les voitures, au feu du carrefour, klaxonnent, démarrent, rugissent, dix, quinze têtes se retournent et cherchent de l’oeil, un instant.
– Voilà, c’est tout, dit le Sioux. «
(Henri Gougaud, « Petits contes de sagesse pour temps turbulents »)
» Printemps, primus tempus en latin. Premier temps. Les herbes, les arbres, les fleurs, les oiseaux, les ruisseaux s’éveillent, et ce qu’ils nous disent en couleurs met d’un coup cul par dessus tête les professeurs de désespoir. Tu t’imaginais que la vie n’était qu’un voyage d’aveugle entre la naissance et la mort, autant dire entre deux trous noirs, l’un avant ta venue au monde, l’autre après que tu l’aies quitté ? Pas du tout, répondent en chœur mille frissonnantes verdures. Nous avons pourri sous la terre, nous revoilà en plein soleil. La vie ne connaît pas de fin. C’est le refrain de la chanson que nous fredonne le printemps depuis la naissance des jours. Le monde est imparfait, parfois abominable. Qu’importe, répond le brin d’herbe qui vient d’apparaître, fringant, dans une fente de béton. Je suis vivant, j’aime cela. Que lui a-t-il fallu de force, d’appétit pour jouir enfin du soleil ! Prenons ce brin d’herbe pour maître. Ne sait-il pas tout du désir ? A partir d’aujourd’hui, c’est dit. Nous ne parlerons que d’amour, de sentiment, de bagatelle, de coeur au ventre, de passion, de fièvre, de plaisir, de feu, d’ivresse, d’espoir, de beauté, de cajoleries, de caresses, de baisers, de galanterie, de manigances sensuelles, de salades aphrodisiaques, de débauche, bref, de la vie. «
» Il faut d’abord vaincre la peur. Alors peut venir l’attention, de l’attention la paix du cœur, de la paix du cœur l’amitié de tout ce qui vit sur la terre. »
(Henri Gougaud)
» Ce qui rend effrayants les masques du pouvoir est l’irrémédiable absence d’amour. »
(Henri Gougaud, L’inquisiteur)
» L’erreur consiste souvent à vouloir cueillir le fruit de l’arbre de la connaissance alors qu’il s’agit de devenir cet arbre pour en donner le fruit. »
(Henri Gougaud)
» L’un des idéaux de nos sociétés (peut-être le plus fort) est que tout soit à sa place. Avec sa création, l’artiste y introduit de l’imprévu. Premier réflexe ? Refuser. Puis voir s’il est inassimilable, ou s’il est possible de le récupérer. Dans le premier cas on le ridiculise ou on l’ignore tout simplement, dans le second on en fait un produit de pouvoir ou de commerce. Voir les ingérences de l’état dans l’art.
Sur le plan de la productivité sociale, à quoi servent les artistes ? A rien. Que font-ils alors ? Du plaisir, du rire, de la poésie – du désordre. L’artiste est créateur de désordre, dans la mesure où il est créateur, car créer c’est mettre au monde du neuf.
L’artiste ne s’adresse pas à notre raison ; il s’adresse à la part de nous qui est capable de tomber amoureuse. »
(Henri Gougaud, en atelier)
» Le Roi des Cieux avait sept filles. La plus jeune était Shokujo. On l’appelait la Tisserande. Sans cesse, devant son métier, elle tissait le ciel, ses nuages. Or il advint que son travail la fit un jour bailler d’ennui. Elle descendit donc sur la terre visiter les arbres, les gens. Elle y rencontra par hasard le jeune Kengyû, un bouvier. Tous deux, dès qu’ils se virent, se prirent d’amour fou. Shokujo oublia le ciel et Kengyû oublia ses bêtes. Ils s’épousèrent un jour de pluie. Un fils leur vint, puis une fille. Leur bonheur se fit infini. Mais voilà que le roi céleste s’impatienta de ne plus voir la Tisserande à son ouvrage. A la maison où elle vivait il envoya quatre génies. Ils la ramenèrent à son père malgré ses ruades, ses pleurs. Quand le bouvier vit que sa femme n’était plus près de leurs enfants, il s’en alla à sa recherche. Il la vit aux portes du ciel. Il tendit sa main, elle aussi. Alors le roi d’En-Haut, d’un geste, creusa le fleuve éblouissant que l’on appelle Voie Lactée entre ces deux êtres captifs, l’un du ciel, l’autre de la terre, et chacun resta sur sa rive à pleurer son amour défait. Le désespoir de Shokujo émut pourtant le roi son père.
– J’accepte qu’une fois par an tu revoies ton époux, dit-il.
Et c’est ainsi que chaque année, au milieu du mois de juillet les pies font un pont de plumages au-dessus de la Voie Lactée. Là se retrouvent un court moment ceux que rien, ni le Roi des Cieux ni l’usure du temps des hommes ne pourront jamais séparer, la Tisserande et le Bouvier. «
(Henri Gougaud)
» J’aimais ces jeux avec l’esprit des choses. D’où me venaient-ils ? Je ne sais. De l’enfance peut-être, où le temps est si lent et le regard si neuf que l’on peut percevoir d’impalpables présences dans les transparences de l’air. Il me semblait que rien, sous le soleil, n’était indifférent, que tout était venu par désir en ce monde, que l’herbe, les cailloux, les arbres, les nuages, l’espace infini même avaient une mémoire, une conscience, une attention parfois craintive, parfois aimante, une âme secrètement parente de la nôtre. »
(Henri Gougaud, Paramour)
» El Chura m’a sans cesse attiré vers les êtres qui nous entouraient, les hommes et les femmes, certes, mais aussi la lune, la terre, l’eau. Un jour, il m’a dit :
– Viens, on va à la pêche.
Il m’a amené à la rivière. Je n’avais jamais pêché. Il m’a dit :
– Regarde le bouchon. Ne le quitte pas des yeux. Si tu te concentres bien, peut-être que l’Autre viendra.
– Chura, c’est quoi, l’Autre ?
– l’Autre, c’est quelqu’un que tu connais, et qu’il faut que tu reconnaisses.
Je ne comprenais rien à ce qu’il voulait dire, mais je ne voulais pas passer pour un idiot. Alors je me suis tu. Je me suis concentré sur le bouchon. J’ai pensé : « C’est peut-être un rituel indien pour faire une pêche miraculeuse. Les poissons vont venir. » Ils ne sont pas venus. Mais comme j’espérais encore, les reflets du soleil sur l’eau m’ont ébloui. J’ai dit :
– Chura, c’est difficile, il faudrait que je bouge le bouchon, je ne le vois plus, ça scintille trop.
– Non non, ne bouge pas, c’est peut-être dans le reflet que l’Autre va venir.
Je ne savais pas qui était l’Autre, mais j’avais sacrément envie qu’il vienne. Je me suis concentré aussi fort que j’ai pu. Après longtemps de silence, El Chura m’a dit :
– Tu sens l’eau ?
Je me suis entendu répondre :
– Bien sur, elle est terrible.
Et je me suis tout à coup rendu compte que je venais de faire connaissance avec l’eau. Jamais, jusque là, je ne l’avais regardée. Je l’avais bue, je m’étais lavé, je m’étais baigné dans la mer, mais jamais je n’avais regardé l’eau. Pour la première fois j’ai senti sa force ondulante, maternelle, royale. À cet instant où je la découvrais, elle n’était ni froide ni chaude, elle était un corps incroyablement vivant. Je venais d’entrevoir l’Autre. »
(Henri Gougaud, Les sept plumes de l’aigle)
» Je mesure aujourd’hui la distance qui sépare ma voix de la beauté des choses. Vouloir la faire entrer en phrases est comme emprisonner un ange dans les maladresses d’un corps. »
(Henri Gougaud, Paramour)
» Seul le souffle de l’amour peut porter sans dommage d’un être à l’autre les nourritures de l’âme. »
(Henri Gougaud, Paramour)
» N’oubliez jamais ça : on touche chez l’autre le lieu à partir duquel on parle en soi. D’où la nécessité de se bien connaître, de savoir de quel lieu on parle. »
(Henri Gougaud)
» Faites de temps en temps des lessives de mots. Si, par exemple, je dis que je raconte pour servir la vie, qu’est-ce que j’entends par là ? Qu’est-ce que mon corps, mes sens entendent par-là ? Leur réponse est : attiser le désir de vivre, de faire un pas de plus, d’aller au moins jusqu’à demain. Vous voyez, » servir la vie « , si on ne le nettoie pas, a quelque chose de grandiloquent, de vaguement prétentieux. Si on le nettoie, cela permet simplement de préciser l’intention, et donc d’être plus efficace. Nettoyer les mots aiguisera votre parole, la rendra plus forte et plus droite. Si vous restez dans le flou, vous êtes comme un escrimeur dans le brouillard. »
(Henri Gougaud)
» Et si la terre, l’océan, les arbres, les montagnes nous aimaient plus que nous ne les aimons ? Avez-vous pensé à cela ? Et si ce que nous appelons, avec un aveuglement misérable, notre « environnement », toute cette vie qui est là, partout, n’espérait de nous qu’un signe, fut-il de vermisseau, pour que commence enfin non pas l’apocalypse redoutée, mais une inimaginable fête de retrouvailles ? »
(Henri Gougaud, Renaître par les contes alias Le rire de la grenouille)
» Bergers des arbres des cailloux
laboureurs familiers des loups
contrebandiers tranche-montagnes
filles jadis venues d’Espagne
grandies entre vigne et figuier
flammes hautes des cheminées
rude garrigue rouge et grise
murs déchirés que vent aiguise
Dans mon living à quatre roues je vous salue
dans mon armure à nostalgie je vous salue
devant la boîte à somnifères je vous salue
dans la métropolyphonie je vous salue
Villages roux vieilles musiques
conteurs de légendes rustiques
maigres gitans tressant l’osier
femmes berçant les nouveau-nés
à l’ombre oblique des platanes
près des fontaines catalanes
lavande bleue chaleur mouillée
torrents d’automne et bois rouillés
Je vous salue devant l’accordéon en larmes
sous la faïence blanche et morne des métros
sur les murs bâillonnés que baisent les réclames
j’inscris votre soleil saignant entre deux crocs »
(Henri Gougaud, Je n’éteins jamais la lumière)
» La raison, certes, nous dit que tout meurt. Mais pour l’amoureux, le scribe, le conteur, les preuves de la nuit ne sauraient entamer leur confiance dans les métamorphoses de la vie. A la vie seule, qui va sans fin, sont confiés les enfants de nos désirs et de notre mémoire. »
(Henri Gougaud, Paramour)
Les hommes partent au loin chercher je ne sais quoi, conquérir Dieu, faire la guerre. Et nous, qu’attendons-nous, là, comme des mendiantes? Tu le sais? Moi, je sais. Un amant chaud comme un manteau, un gaillard, un roc, un amour. Et certes, nous savons nous battre. Mais nos batailles à nous ne sont pas pour l’honneur, ni pour le roi d’ici, ni pour celui du Ciel, elles sont pour préserver le feu, le feu d’espoir, là, dans le creux. S’il s’éteint, nous mourons aussi.
Henri Gougaud Le rire de l’ange
En amour comme au jeu d’échecs
Les fous sont les voisins des rois.
Henri Gougaud Le livre des amours : Contes de l’envie d’elle et du désir de lui
Le plus beau de moi n’est pas dans ma peau
mais dans la rocaille adoucie de lierre
mais dans le soleil la menthe l’air chaud
Le plus beau de moi vit dans la lumière
Le plus doux de moi n’est pas dans ma peau
mais s’endort au soir sans crainte ni larme
brûlant longuement au profond de l’eau
Le plus doux de moi tout hiver désarme
Le meilleur de moi n’est pas dans ma peau
Il est en prison pardon messieurs dames
mourant de vouloir le monde plus beau
Le meilleur de moi me déchire l’âme
( » Je n’éteins jamais la lumière »)
Un garçon et son amie se promenaient sur la rive. Leurs cœurs battaient en secret. Mille soleils amoureux jouaient avec l’eau du fleuve. Le garçon ne disait rien, la fille guettait des anges entre la terre et le ciel. Passant le long des roseaux il brisa un rameau vert, l’aiguisa du bout de l’ongle.
– Qu’en feras-tu ? lui dit-elle.
Le garçon, d’un coup menu, lui piqua la fesse gauche. Elle poussa un cri d’oiseau, se laissa tomber dans l’herbe.
– Viens, dit-elle. Baise-moi.
Qui eut envie le premier ? Qui des deux désira l’autre ? Lui sur elle, elle sur lui, qui fut roi, qui fut mendiant ?
Tu poses trop de questions. Du pieu raide ou de la grotte, qui t’a fait comme tu es ?
Henri Gougaud Le livre des amours : Contes de l’envie d’elle et du désir de lui
Un jour j’ai poussé la porte où était inscrit : » diminue la douleur de la distance » et je suis entré dans le palais de la mémoire. Il y avait partout des livres vivants. Entre mille autres j’ai décidé d’explorer la douleur et l’absence de l’être aimé. il m’est aussitôt apparu que cette douleur était une maladie guérissable. je me suis aventuré plus avant dans la salle. Entre mille autres voix, j’ai entendu ceci : » plutôt que de t’enfermer dans le chagrin et l’indifférence, cultive la sensation que l’être aimé a laissées en toi, redonne vie, dans tes dedans, à la tendresse et à la douceur. Si tu revivifies ces instants de bonheur passés, si tu les aides à pousser, à s’épanouir, à envahir ton être, la distance peu à peu se réduira, la douleur peu à peu s’estompera. Tu peux recréer ce que l’oubli a usé «
J’ai passé des après-midi, des jours entiers à boire du café en face de ce caillou, sans cesser d’élucubrer, d’errer dans toutes sortes de théories, de suppositions, de labyrinthes ésotériques. Puis peu à peu mon bavardage mental s’est fatigué de lui-même. Il s’est tari, il s’est perdu comme une rivière dans les sables du désert. Il était tellement stupide ! Un jour, vers la fin de l’après-midi, il faisait déjà très froid, je venais de ranimer le feu et d’allumer la lampe à pétrole, j’ai posé le caillou sur la table, dans un rond de lumière. Comme je le regardais encore, sans plus rien espérer de lui, je l’ai vu environné d’un vague halo et j’ai perçu, dans ses dedans, une sorte de battement. Je me suis dit : « Bon Dieu ! Il est vivant ! » Et tandis qu’un étonnement jubilant montait dans ma poitrine, quelque chose de lui s’est approché de moi, quelque chose de lourd, de timide, d’heureux pourtant. C’était comme un regard sans visage, sans yeux, rien d’autre qu’une force aimante semblable à la chaleur d’un regard. Une prière muette m’a envahi le coeur. Et je n’ai plus rien pensé, Dieu garde ! C’était trop émouvant. J’ai salué, et j’ai goûté, c’est tout.
Pourquoi ne vit-on pas ces choses plus souvent ? Elles sont si simples ! Mais qui se soucie de regarder dans un caillou ? On pousse devant soi quelques idées distraites qu’on croit indiscutables. Un caillou ? C’est moins qu’une plante. C’est sans valeur. C’est chaotique. Et le passant va son chemin, cherchant un ami peut-être, ou le sens de la vie, ou la maison de Dieu. Tout était là pourtant, sur le bord de la route, dans ce morceau de roc effleuré d’un oeil vague. Il aurait suffi de se pencher sur lui, et d’oser faire sa connaissance. Il aurait suffi de renoncer un instant à quelques certitudes, quelques suppositions. Il aurait suffit d’un peu d’oubli de soi, d’un rien d’amour. Si vous aimez les choses, elles viennent, elles vous parlent, elles se mettent d’elles-mêmes à votre service. L’amour que vous donnez à un caillou provoque l’éveil de l’amour endormi dans ce caillou, parce que dans toute chose il y a de l’amour endormi, du désir d’échange, des élans de gratitude qui n’attendent que d’être réveillés.
Entrer dans l’âge adulte est une naissance.C’est un passage difficile. Beaucoup le refusent parce qu’ils ne veulent affronter ni la souffrance d’être seuls, ni la liberté d’inventer leur propre vie. Jusqu’à ta mort et même au delà tu devras grandir,grandir encore,devenir toujours plus adulte.
Henri Gougaud Les Sept plumes de l’aigle
Toi tu es en moi comme un manteau invisible. Personne ne peut me le prendre, rien ne peut le souiller. Où que j’aille, quoi que je fasse, tu me tiens chaud, tu me tiens en vie.
Henri Gougaud L’inquisiteur
(A suivre)