René Char

Nos paroles sont lentes à nous parvenir,
comme si elles contenaient, séparées,
une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ;
ou mieux,
comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance,
se mettant en joue,
il leur était interdit de s’élancer et de se joindre.
Notre voix court de l’un à l’autre,
mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré,
la tire à lui, la retient, l’interroge.
Tout est prétexte à la ralentir.

Souvent je ne parle que pour Toi,
afin que la terre m’oublie.”

René Char – Recueil “Lettera amorosa” – NRF, Poésie/Gallimard

Bonne nuit amour, @toile-invisible

Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour. Nous ne sommes pas ensemble le produit d’une capitulation, ni le motif d’une servitude plus déprimante encore. Aussi menons-nous malicieusement l’un contre l’autre une guérilla sans reproche.”

René Char – Recueil “ Lettera amorosa  Suivi de Guirlande terrestre

Une belle nuit à toi amour @toile-invisible

On ne se console de rien lorsqu’on marche en tenant une main, la périlleuse floraison de la chair d’une main. L’obscurcissement de la main qui nous presse et nous entraîne, innocente aussi, l’odorante main où nous nous ajoutons et gardons ressource, ne nous évitant pas le ravin et l’épine, le feu prématuré, l’encerclement des hommes, cette main préférée à toutes, nous enlève à la duplication de l’ombre, au jour du soir, Au jour brillant au-dessus du soir, froissé son seuil d’agonie.

René Char – Recueil “Le Nu perdu” – NRF, Poésie/Gallimard

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