Te voici taillée dans l’écorce même de l’arbre le plus royal de cette île,
Et l’étoile la plus brillante envie la nuit
Que les amants trouvent entre tes murs
Et les lions du ciel et de la mer
Estiment que si un jour il leur est donné
D’aimer comme nous autres les hommes
Ils feront la queue devant tes portes
Avec les lionnes de ce pays en fleur au bord de la mer et du ciel !
Moi, sans être un lion ni un arbre souverain,
Sans tenir dans mon sang tous les secrets de la mer,
Moi, avec une seule fenêtre
Ouvrant sur le ciel, et un seul balcon
Sur la nudité magique des femmes,
Je m’incline humblement devant chaque pierre
Qui forme ta gloire solitaire.
J’arrive vers toi avec des yeux d’adolescent
Tandis qu’à mes cotés ma mine d’or tremble
Comme une feuille qui voit
Pour la première fois venir le vent.
Le silence est si grand que nos mains ont soudain envie de crier
Pour perdre cette sensation d’être des plantes marines
Et de retrouver la simple et laborieuse humanité de la main.
Nous sommes un couple royal
A quelques minutes seulement
De la cérémonie du couronnement.
Nous sommes un couple de grands fauves
Qui affronte pour la première fois
Une incendie sur une colline de la beauté.
La vie se frotte les yeux sur notre passage :
Murs, portes, fenêtres, s’inclinent joyeusement
Devant la majesté de nos pas d’amants !
Nous sommes une bonne tempête qui vient
De naître en haute montagne.
Nous voici à l’angle des rues 11 et 24.
Nous entrons dans la posada.
La dernière porte s’écarte devant nous
Avec les premiers mots des contes du Monde :
Il était une fois une posada de la Havane
Il était une fois deux chiffres 11 et 24
Et les deux amants qu’ils poussaient
Vers la haute école de la joie.
Voici la légende d’un homme et d’une femme
Qui quittent leurs vêtements, leur tabous,
Leurs peurs, leurs impuretés
Et leurs dernières misères humaines
Pour être les artisans d’un métier solitaire et glorieux !
Voici les seins qui éblouissent mes mains
Voici tes jambes et tes cuisses qui sont
Les voiles d’un incroyable bateau de feu
Et qui gouvernent avec précision
Les flammes qui naissent de nos gestes.
Voici ton sexe majestueux, tellurique,
Légèrement inhumain, tel un avion puissant
Qui attend un dernier signal pour prendre
Vol avec cargaison de fabuleux diamants !
Et nous voici lancés vers le cosmos intérieur
pour le dialogue sans fin du sang avec le sang :
L’étoile côtoie l’herbe, le bois tutoie le miel,
Le fer et le feu, l’aigle et la colombe
Sont soudain des animaux de la même espèce !
Et peu importe les noms que la douceur
Ou la haine donnent au rite que nous célébrons
Nous défendons glorieusement ce secteur de la beauté !
Nous célébrons la biologie
Et défions les lois de la mathématique.
Nous sommes une algèbre toute neuve
Et la posada est
Notre passionnante géométrie dans l’espace.
Nous sommes des savants haletants, confiants et érudits.
Nous conjuguons tous les délires du feu et du sang,
Nous sommes le soleil sur la première colline de l’art
et de la science !
Rien ne résiste à la magie persévérante de nos corps,
Rien ne résiste à la fureur obstinée de nos hormones,
Nous sommes un nouvel arc-en-ciel
Et les deux phares 11 et 24 veillent
Au-dehors sur la paix du soir.
Ma tempête d’homme raconte
A ta tempête de femme
Des légendes somptueuses
Où tout est bon, savoureux,
Authentique et fou
Et je te prends, te baise, te transforme
Je te taille dans le bois, le marbre, le feu !
Je te taille dans la soie et le papier
Et dans l’étoffe la plus lumineuse du cri !