Lait
Le baiser est un mot de gouache
Il rend aux lèvres cette transparence continuelle
Que la parole, le repas et la vie, rendent habituellement
Rousses.
T’embrasser signifie détremper à la salive
Tous les pigments de tes lèvres,
Jusqu’à la lustrine, au vernis,
La gomme.
Je ponce tes lèvres, et je les racle et je les purifie,
Et je les enduis.
As-tu remarqué que le désir à la pâte d’un œuf entier
Mêlé à du lait de figue ?
Moins que la colle, presque la résine,
autant que le vernis, autour de l’huile
Je laisse sécher ta salive
Jusqu’à ce qu’il y ait entre tes lèvres
Un fil de réflexion.
T’embrasser est un long travail
D’émulsion ancienne.
Régine Detambel – Recueil “ Icônes” – Ed. Champ Vallon
POLLEN
Plus tard, on me découpera,
On trouvera les milliards de grains de ton pollen,
de la farine de toi, roulée par le vent.
Mes couches auront été morcelées,
même inversées,
pourtant on y reconnaîtra tes galets,
sur mon eau la trace de tes ricochets,
et chaque petit détail minéral de toi sera
imprimé en moi.
Et quand je ne serai plus qu’un bloc,
alors je dirai encore l’histoire de nos frictions.
Dans mes os, à chaque cercle
rythmique de ma croissance,
pris, des cheveux de toi,
et dans le carbone qui proviendra de ces os,
l’activité constante de ta bouche.
Régine Detambel – Recueil “Icônes” – Editions Champ Vallon
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