It is not a question of being happy or satisfied, but to feel the fire inside. »
Vénus érotica
– On ne peut pas aimer à volonté, répondait-elle.
Je ne veux pas d’érotisme sans amour. Et l’amour
profond ne se rencontre pas si souvent.
Correspondance passionnée
Je sais que tu as une nature de caméléon; mais je connais aussi le noyau immuable qui est en toi. C’est lui que je veux. Ne danse pas autour de moi avec la poudre d’or et des lampions.
Journal (IV) 1944-1947[Décembre 1945]
Mon œuvre a créé un univers qui attire à lui ceux avec qui je veux vivre, qui veulent vivre dans mon univers. On peut créer un univers avec du papier, de l’encre et des mots. Cela fait une bonne construction, des refuges habitables, avec des doses supérieures d’oxygène. (Stock, 1975, p. 142
« Seul le battement à l’unisson du sexe et du cœur peut créer l’extase. »
« Chaque ami représente un monde en nous, un monde qui n’aurait peut-être jamais existé sans lui et que cette rencontre a rendu possible. »
« Je fais reculer la mort à force de vivre de souffrir de me tromper de risquer de donner et de perdre. »
Henry et June : Les cahiers secrets
Dans ma langue, je pense à : ardiente, salvaje, hombre.
Henry et June : Les cahiers secrets
Nous sommes allongés l’un contre l’autre. Henry dit que je suis enroulée autour de lui, comme un chat. J’embrasse sa gorge, j’aperçois sa gorge comme sa chemise ouverte, je ne peux plus parler tant le désir me trouble. Je lui murmure à l’oreille d’une voix enrouée : » Je t’aime « , trois fois, sur un ton si étrange qu’il en est effrayé. » Je t’aime tant que je voudrais même t’offrir des femmes ! »
Henry et June : Les cahiers secrets
I don’t know what I expect of you, but it is something in the way of a miracle. I am going to demand everything of you – even the impossible, because you encourage it.
Henry et June : Les cahiers secrets
Il est l’homme pour lequel je laverais par terre, pour lequel je ferais les choses les plus humbles et les plus magnifiques. Il pense à notre mariage, qui, je crois, n’aura jamais lieu, mais il est le seul homme que je voudrais épouser. Ensembles, nous sommes plus grands. Après Henry, je ne connaîtrai plus jamais cette polarité. Un avenir sans lui est le noir complet. Je ne puis même pas l’imaginer.
Journal (IV) 1944-1947
L’unique sortilège contre la mort, la vieillesse, la vie routinière, n’est-il pas l’amour ?
Journal (IV) 1944-1947 [Septembre 1945]
(…) L’aspect tragique de l’amour n’apparaît que lorsque l’on essaie de faire tenir un amour illimité dans un amour illimité. Tout autour de moi je constate qu’un seul amour ne suffit pas, deux non plus. Les femmes que je connais cherchent à ajouter un amour à l’autre, puis, lorsque cela ne les comble pas, elles deviennent les grandes amoureuses de la terre entière. (p.102, Stock, 1975)
Journal (IV) 1944-1947
Le secret d’une vie bien remplie est de vivre et de frayer avec les autres comme si demain ils risquaient de ne pas être là, comme si vous risquiez de ne pas être là. Cela élimine le vice des tergiversations, le péché de remettre à plus tard, les communions manquées.
Correspondance passionnée
Je réagis contre les hommes ordinaires, unidimensionnels. J e ne veux pas les nommer . Je les rencontre partout, prosaïques, terre à terre, qui ne parlent que de politique, qui ne sont jamais dans le monde de la musique ou du plaisir, jamais libérés du poids des problèmes quotidiens, jamais joyeux, jamais enthousiastes, faits d’acier ou de béton, comme des bêtes de somme, indifférents à leurs corps, obsédés de puissance. (Stock, 1975, p.103)
« Vous ne savez pas ce qui vous manque par votre examen micro-scopique de l’activité sexuelle à l’exclusion des aspects qui sont le carburant qui l’enflamme. Intellectuel, imaginatif, romantique, émotionnel. C’est ce qui donne au sexe ses textures surprenantes, sa subtilité les transformations, ses éléments aphrodisiaques. Vous rétrécissez votre monde de sensations. Vous le desséchez, le mourez de faim, vous videz son sang.
Si vous nourrissiez votre vie sexuelle de toutes les excitations et aventures que l’amour injecte dans la sensualité, vous seriez l’homme le plus puissant du monde. La source du pouvoir sexuel est la curiosité, la passion. Vous regardez sa petite flamme mourir d’asphyxie. Le sexe ne se nourrit pas de la monotonie. Sans sentiment, inventions, humeurs, pas de surprise au lit. Le sexe doit être mélangé avec larmes, rire, mots, promesses, scènes, jalousie, envie, toutes les épices de la peur, voyages à l’étranger, nouveaux visages, romans, histoires, rêves, fantasmes, musique, danse, opium, vin. Combien perdez-vous par ce périscope à la pointe de votre sexe, quand vous pourrez profiter d’un harem de merveilles distinctes et jamais répétées? Il n’y a pas deux cheveux pareils, mais vous ne nous laisserez pas perdre des mots sur une description des cheveux; pas deux odeurs, mais si nous développons cela, vous pleurez Coupez la poésie. Pas deux peaux avec la même texture, et jamais la même lumière, température, ombres, jamais le même geste; car un amoureux, quand il est éveillé par le véritable amour, peut parcourir toute la gamme de siècles d’amour. Quelle gamme,
quels changements d’âge, quelles variations de maturité et d’innocence, de perversité et d’art. . . Nous nous sommes assis pendant des heures et nous nous sommes demandé à quoi vous ressembliez. Si vous avez fermé vos sens sur la soie, la lumière, la couleur, l’odeur, le caractère, le tempérament, vous devez maintenant être complètement ratatiné. Il y a tellement de sens mineurs, tous courant comme des affluents dans le courant dominant du sexe, le nourrissant. Seul le rythme uni du sexe et du cœur peut créer l’extase. »
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« Pourquoi on écrit est une question à laquelle je peux répondre facilement, me l’étant si souvent posée à moi-même. Je crois que l’on écrit parce que l’on doit se créer un monde dans lequel on puisse vivre. Je ne pouvais vivre dans aucun des mondes qui m‘étaient proposés : le monde de mes parents, le monde de Henry Miller, le mode de Rango, ou le monde de la guerre. J’ai dû créer un monde pour moi, comme un climat, un pays, une atmosphère, où je puisse respirer, régner et me récréer lorsque j’étais détruite par la vie. Voilà, je crois, la raison, de tout œuvre d’art. L’artiste est le seul qui sache que le monde est une création subjective, qu’il faut opérer un choix, une sélection des éléments. C’est une concrétisation, une incarnation de son monde intérieur. Et puis il espère y attirer d’autres êtres, il espère imposer cette vision particulière et la partager avec d’autres. Même si la seconde étape n’est pas atteinte, l’artiste, néanmoins, continue vaillamment. Les rares moments de communion avec le monde en valent la peine, car c’est un monde pour les autres, un héritage pour les autres, un don aux autres, en définitive. Lorsque l’on crée un monde tolérable pour soi-même, on crée un monde tolérable pour les autres.
Nous écrivons aussi pour aviver notre perception de la vie, nous écrivons pour charmer, enchanter et consoler les autres, nous écrivons pour donner une sérénade aux êtres qui nous sont chers.
Nous écrivons pour goûter la vie deux fois, sur le moment et après coup. Nous écrivons, comme Proust, pour la rendre éternelle, et pour nous persuader qu’elle est éternelle. Nous écrivons afin de pouvoir transcender notre vie, aller au-delà. Nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres, pour consigner le voyage à travers le labyrinthe, nous écrivons pour élargir notre univers, lorsque nous nous sentons étranglés, gênés, seuls. Nous écrivons comme les oiseaux chantent. Comme les peuples primitifs dansent leurs rituels. Si vous ne respirez pas à travers l’écriture, si vous ne pleurez pas en écrivant, ou ne chantez pas, alors, n’écrivez pas. Parce que notre culture n’a que faire de tout cela. Lorsque je n’écris pas, je sens mon univers rétrécir. Je me sens en prison. Je sens que je perds mon feu, ma couleur. Ce devrait être une nécessité, comme la mer a besoin de se soulever. J’appelle cela respirer. »
Août (1932)
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Henry et June — Les cahiers secrets (1986)