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Aimer en lys

ILL. et haïku D’ailes fines

J’AVAIS UNE FLEUR

J’avais une fleur – appelée : lys –

Dans mon jardin elle vivait, à moitié cachée

pudique et virginale le jour :

Une Marie immaculée florale

Mais la nuit elle dénudait son sexe

Ardente, elle luisait dans le noir

Elle brûlait, suave, sensuelle

comme une Marie-Madeleine pécheresse

Hulda Lütken – poétesse danoise

Cette fleur de moi pour toi amour, Eve et Lilith , Lilith et Eve

Jolis émois de mai

ILL. Eugenia Loli

De mon cœur jaillit

De l’eau si pure qui, débordée,

Devient toute turbide.

Tu es un fils du péché,

Moi aussi, j’en suis une fille.

*

Par les trois milles lieux,

Je parvins auprès de toi,

Ô mon amoureux,

Aujourd’hui que de l’osier

Les duvets s’éparpillent.

*

Ô nous sommes en mai,

Ils sont de couleur du feu,

Les champs de la France.

Toi, tu es un coquelicot,

Un coquelicot, moi aussi.

Yosano Akiko – Poétesse Japonaise

Une des toutes premières féministes de son état au monde. Pas assez selon certaines, notamment la radicale Hiratsuka Raichô. Mais Yosano Akiko était avant tout une femme sensuelle, une grande amoureuse, une poétesse audacieuse et elle a eu la raison de s’en naître.

Ceci pour toi mon amour, mon tendre, mon irrévérencieux Verbe Sauvage

Geneviève d’Hoop

amant de nulle part

je te cherche en déraison

je viens abreuver un désert

où commence le temps de l’union

entre l’océan et tes lèvres

j’ai les yeux clairs jusqu’au ruisseau

je t’apporte la douceur la folie

ma chair est voyante

je suis monastère de vie

tout est ciel

je parle ton langage jusqu’à la mer

*

caresse la terre

caresse les feuilles

mon corps remue sous la glaise

je suis née de tes moissons

par la veine et l’eau

j’ai vécu couchée dans les averses

un amour de grêlons

chaque orage a sa brûlure

chaque souffle a son rivage

je suis encore debout

à guetter la lumière

Geneviève d’Hoop – poème extrait de l’anthologie intitulée  » Poèmes de femmes des origines à nos jours  » par Régine Deforges .

Que je t’offre amour, mon aimant amant de partout , que je nous offre à nous également, pour ces jours-ci où nous nous partageons comme à nos débuts cette singulière Lumière… Tu te souviens ? C’était notre tout premier mot d’à corps denses.

Si lents si eux

ILL. Edvard Munch – Le baiser sur la plage – 1921

 » Debout dans le vent léger, sous le soleil qui nous chauffe un seul côté du visage, nous regardons la lumière descendre du ciel, la mer sans une ride et le sourire de ses dents éclatantes. Avant d’entrer dans le royaume des ruines, pour la dernière fois nous sommes spectateurs.

Au bout de quelques pas, les absinthes nous prennent à la gorge. Leur laine grise couvre les ruines à perte de vue. Leur essence fermente sous la chaleur, et de la terre au soleil monte sur toute l’étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel. Nous marchons à la rencontre de l’amour et du désir.

Nous ne cherchons pas de leçons ni d’amère philosophie qu’on demande à la grandeur.

Hors du soleil, des baisers et des parfums sauvages, tout nous paraît futile. « 

Albert Camus –  » Noces à Tipasa « 

Je t’aime mon bel amour , je t’aime tout ce tant même si Monde ne nous en offre pas temps je t’aime

D’eux si aime saison

ILL. Daria Pochinskaya

A

V

R

I

L

4 . 2 Te pétrir aux rayons

à l’obédience des saisons

Nu dans les ailes de la chair

Francine CARON – Recueil  » L’Année d’amour » Ed. aux amis de NARD

*

A l’hirondelle

le fumet des nus en jeux

ailes fuselées

*

L’eau se file amants

en bordure de lèvres

nos langues à tisser

*

Miss coccinelle

se repaît de pucerons

fringale et ventrée

*

Couleur de roses

Dame Valériane

ombre les fourmis

La Joie

ILL. Ron Hicks  » L’Amour à la campagne »

DÉFENSE DE LA JOIE

Défendre la joie comme une tranchée
la défendre du scandale et de la routine
de la misère et des misérables
des absences transitoires
et de celles définitives

Défendre la joie comme un principe
la défendre de la stupeur et des cauchemars
des neutres et des neutrons
des douces infamies
et des graves diagnostics

défendre la joie comme un drapeau
la défendre de la foudre et de la mélancolie
des naïfs et des canailles
de la rhétorique et des arrêts cardiaques
des endémies et des académies

défendre la joie comme un destin
la défendre du feu et des pompiers
des suicides et des homicides
des vacances et de la fatigue
de l’obligation d’être joyeux

défendre la joie comme une certitude
la défendre de l’oxyde et de la crasse
de la fameuse patine du temps
de la rouille et de l’opportunisme
des proxénètes du rire

défendre la joie comme un droit
la défendre de Dieu et de l’hiver
des majuscules et de la mort
des noms de familles et des peines
du hasard
et aussi de la joie

Mario Benedetti

A deux fendre la poire de notre joie , seul fruit qui n’est pas défendu par les bigots de tous poils, mon amour

Nous d’Eux nus

COMMENT ÇA S’OUVRE UN CORPS

comment ça s’ouvre un corps comment
le bout du cœur pointe à la langue
s’inventent alors de nouveaux gestes
ponctués par un souffle neuf
afin de creuser le sillon

sur la terre de nos poèmes
le temps parfois devient léger
il suffit de le prendre aux mots
et le voilà rythme ou mesure
comme s’il changeait de nature

chaque vers joue à la sirène
pour arrêter la vie passante
ou regarde vieillir sa main
pendant que sourit le visage
qui veut séduire le destin

il nous faut du désir encore
pour fêter à deux la tendresse
tant que la faux fauche à côté
ce qui pousse au bout de nos doigts
reste aussi vif qu’à ses débuts

nous allons sur le chemin d’encre
il ne mène qu’au corps d’amour
ce n’est pas une forme en soi
c’est l’espace tout alentour
devenu chair de nos pensées

quand le soir n’est plus que ténèbres
la lumière nous vient d’en bas
c’est la belle sueur du noir
et goutte à goutte elle fait voir
que tout change et ne se perd pas

que tout change au lieu de se perdre
ainsi fait le vocabulaire
qui nomme ceci par cela
puis fait du neuf avec du vieux
dès que la langue est amoureuse

Édith Azam | Bernard Noël – Retours de langue

Et-cris en symbiose de ce jour en peau-lit , en voix mutuelles de garage, instants tannés des mots amants de l’Âme-Our avec toi

1000

Je viens de la nuit
Du rugissement de fauves
à l’affût
De la fuite par les mille portes
de l’obscurité
Je viens du feu
De la pulsation du cœur
Je viens des cantiques
du sommeil
Du culte des morts
Des enfants cachés
dans les arbustes du crépuscule
Je viens seule
agitant des rameaux
invoquant des rayons
Je viens de la nuit qui enfin
darde ses langues phosphorescentes
Je viens seule
passant la ligne du temps
avec le souffle de mon frère
qui vibre dans l’espace

Myriam Montoya In Traces (Huellas), L’Oreille du Loup, 2009

(ILL Dimitar Voinov Junior)
(ILL. Christophe Vacher)

In vino veritas

(ILL. Saturno Butto)

Le poème du vin
 
 
Je veux chanter le vin et son pourpre calice
Dressé superbement au-dessus des saisons,
Où brûlent des soleils, où des lunes pâlissent,
Par qui, désir d’aimer, soudain, nous t’aiguisons.
 
Le vin, dès qu’il jaillit vivace de la cuve,
Berçant, en arôme, un immortel effluve:
L’odeur du soleil nu parmi les serpolets,
Couché sur le sol roux aux frissons violets;
 
Crispé sur le sol dur et rose des coteaux,
Où le rythme s’entend d’une âme planétaire;
L’odeur du soleil rude et possédant la terre,
Aux chansons des grillons, aux cris des cailleteaux,
 
Aux sifflantes clartés rampant sur les murgers,
Sous leurs cailloux lovées; à la fine viole
Des abeilles. L’odeur forte, intrépide et folle
Du soleil à la terre auguste mélangé.
 
Le vin qui jase autant que la grive et le merle,
En octobre nourris par les néfliers blets,
Et poursuivant sans fin leurs jaunes triolets;
Le vin dont le sourire au bord des cuves perle.
 
Je chanterai le vin que l’hiver endormait;
Le vin qui s’inquiète et le vin qui remue,
Dès que pleure la vigne au fond des nuits émues,
Avec les rossignols, sous la lune de Mai.
 
Le vin ! Je veux chanter ses profondes luxures,
Ses luxures sacrées que le vouloir parcourt
Des dieux; où notre élan pauvre se transfigure;
Le vin par qui s’exalte et se parfait l’amour.
 
Sous les cépages d’or et penchant leurs ramures,
Le vin maître des plus éblouissants baisers
Et faisant de la chair une fournaise pure,
Un cantique au divin des corps divinisés.
 
Le vin mêlant au sang le sang des vignes torses
Et leur vigueur à tous les vents du ciel riant;
Le vin qui nous rend clairs, impérieux, brillants;
Ainsi que des Mithra domptant l’obscure force.
 
Le vin trouble et sonore avec ses tambourins
Et ses flûtes pourprées, ses chars à l’essieu rauque;
Le vin sonore et trouble avec ses hautbois glauques
Et le rythme emporté des cymbales d’airain.
 
Le vin doux-murmurant comme un amoureux pleure,
Dans le cellier clair-de-luné; le vin si doux,
Baiser qu’on sentirait au bord de ses genoux;
Le vin qu’on goûte à la chanson des chante-pleure.
 
Le vin consolateur, profond comme la tombe,
Le vin si tendre ouvert à la douleur qui sombre;
Le seul verbe compris des parias du sort;
Le vin compatissant presque autant que la mort.
 
Le vin donneur d’extase et d’amoureux sommeil
Et par qui l’on repose au coeur chaud du soleil,
A travers ses clartés fauves et purpurines
Comme aux boucles dorées d’une humaine poitrine.
 
Le vin, le vin, le vin, plein d’éclairs caressants;
Le vin qui t’illumine, ô chair obscure encor,
Où germe un dieu futur, et d’un geste puissant
Ouvre de l’infini l’immense porte d’or.
 
 
 Marie Dauguet – Peau était ce du sublime ? Tu parles Charles … Pour moi tu surpasses les beaux de l’ère de ton petit frère rongé de ses vers…